Page blanche
Angoisse de la page blanche. Incapacité d’écrire, de réfléchir. Les pensées vont tout droit dans le dossier « Corbeille » de l’ordinateur. Elles ne s’arrêtent même pas sur la page blanche, qui attend, avide. Elle attend beaucoup de nous. Un roman grandiose, des envolées lyriques, des raisonnements brillants, un article clair et bien structuré.
L’horloge avance. Tranquillement, elle prend son temps, une minute à la fois.
Les mains sont soutenues au-dessus du clavier. Le bout des doigts ont leurs pensées propres. Leurs pulsions propres. Un aller et retour dans le creux chaud de l’oreille, un cheveu qui dérange. Ils sentent la cigarette et auraient bien envie d’en rouler encore une autre. Ils se tendent et se détendent en se souvenant de la peau d’un homme endormi.
L’homme endormi rend la lumière des néons et de l’écran plus douce. Le blanc n’est plus celui de la page, mais celui du contraste de sa peau reposant sur les draps du lit. Il ronfle légèrement, la tête enfoncée dans l’oreiller.